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Igue de la Léoune III (puits mandela)

  • Lieu: Promilhanes - Lot (46)
  • Type de sortie: Grotte de classe IV
  • Présents: Stéphane (GSR), Emilie (SCHV), Anaël (SCHV), Nicolas (SCSP)
  • Excusé: /
  • Déduction fiscale: 164 km (Niko)
  • Assurance temporaire: /
  • Temps passé sous terre: 5h15 (11h15 -> 16h30)
  • En interclub avec le GSR (Rennes) et SCHV (Limoges)

Nous nous retrouvons tous au cimetière de Promilhanes car je connais un besoin récurrent de receuillement...en ces jours troublés. Encore une sortie qui débute par le cimetierre (Igue de Saint-Sol). Vas-t-elle se terminer au même endroit ? Et bien, non, l'entrée de la léoune III se fait un peu plus loin. Aussi, nous parcourons quelques centaines de mètres en direction de l'entrée articifielle, ouverte dans les années 1990.

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Vos aventuriers en pleine contemplation

Nous nous préparons rapidement. Pour Steph et moi, ce sont des retrouvailles. Nous avons jadis frayé le sol humide, froid et rocheux de la même grotte. C'était il y a quelques années, en Suisse, sur la traversée des fées de Vallorbe. Une épopée qui se termina par un magnifique secours payant !

Une lourde porte en métal, posée sur un édifice sommairement maçonné, défend l'entrée de l'Igue. Emilie, emprunte d'une envie absolument viscérale d'équiper l'ensemble de la cavité; débute l'équipement du puits artificiel. Une barre métallique, de bon diamètre et de section carrée permet de s'amarrer solidement. Après un court et ennuyeux rappel sur le paradigme d'irréprochabilité des amarrages, Emilie procède à un équipement parfaitement sécurisé.

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C'est quand même principalement argileux

Je prend le relais pour équiper, et ouvre le bal. Anaël me rejoint, lui aussi est emprunt d'une furie équipatoire !! Aussi je m'incline et le laisse équiper la tête du grand puits. Puis je reprend la main pour mettre en place les 2 fractionnements qui suivent. Anaël terminera l'équipement, en préparant la main courante, la tête de puits et les 2 déviations qui suivent. Il s'inquiète de savoir s'il n'est pas un boulet... il ne voudrait pas que nous nous ennuyâmes ou que nous attrapions froid. Sauf que la force est avec lui, nous sommes tous bien réchauffés, et bien décidé à en découdre avec le puits Mandela. Nous en profitons pour philosopher sur les frottements, de l'usage de la dyneema et plein de considération technico-spéléologiques qui ennuyeraient le lecteur épris de sensations fortes.

Petit interlude historique, quel est l'origine de la dénomination de ce puits ? Je pense qu'il faut revenir en 1994, lors des premières élections nationales non ségrégationnistes de l'histoire de l'Afrique du Sud pour savoir qu'il s'agit du nom de ce président qui allaient bouleverser l'histoire d'une nation en luttant activement contre la ségrégation raciale.

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Stéphane dans le puits de boue

Revenons à nos moutons. Ca y est, la corde est libre et Anaël est parvenu en bas de la succession de puits magnifiques qui nous amène au début d'une escapade sportive. En effet, jusqu'à là : tout va bien ! Les dimensions de la grotte semblent friser l'infini. J'équipe le dernier puits de boue qui nous sépare de la rivière. Anaël me suit de près. Nous progressons durant quelques dizaines de mètres avant de lâcher négligeamment notre matériel de progression verticale sur les abord boueux et étroits de la rivière.

Nous repartons, à l'assault de la rivière, qui semble se développer dans un volume restreint. 50cm à 1m de haut sur 1m20 de large avec un fin filet d'eau froide, afin de rester motivé. J'hésite sur l'itinéraire à prendre, tant la partie boueuse qui suit l'escalade d'une coulée majestueuse, semble déboucher sur un boyau empli d'argile collante. Notre erreur mènera a essayer de suivre la rivière dans un passage aux dimensions plus restreinte qu'à l'accoutumée. Notre immersion dans la cavité est désormais pratiquement totale, au sens propre et moins propre, voir figuré. Nous rebroussons chemin en comprenant que la suite n'était pas ici, la rivière semble impénétrable.

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Anaël en pleine vient de finir son équipement

Ma scurion est déjà vide, 2h à peine après être parti. Ce n'est pas bon signe, il est fortement probable que l'accumulateur soit fatigué par ses 8 années de bons et loyaux services. Je passe en mode Pixa...là c'est pas la même. Je me déplace en mode palpation et écho-location. Grâce à l'émision une onde sonore de fréquence supérieure à 20 kHz, je ne gène pas mes caramades spéléologues. En effet, je poursuis la progression en mesurant périodiquement le temps de rebond des ondes sonores ce qui me permet d'estimer les volumes qui m'entourent.

La zone boueuse était finalement très courte. Celle-ci est suivi de zones un peu plus larges, permettant une station verticale dont l'usage nous apparait comme quasi oublié. Cependant, la joie fut de courte durée, car la rivière se poursuit en dessinant irrémédiablement le même schéma : une succession de passages bas que l'on peut shunter par des escalades glissantes et boueuses. Quelques glissades sont parfois un peu engagées car il est bien difficile de maitriser sa descente.

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Ce puits est impressionant

Après l'escalade d'un chaos de roche de taille imposante, nous comprenons que nous sommes arrivé au terminus. Il serait possible de franchir ce chaos pour passer dans la Léoune N°2, mais est-ce raisonnable de prendre le risque de se coincer ? Finalement notre raison l'emporte sur la fougue et nous envisageons un repli progressif vers la base des puits. Emilie est enjouée par la magnifiscence de ces volumes marrons et la variété des formes de galeries. Anaël, lui continue d'étayer sa vision de la pratique spéléologique. Steph et moi sommes en discussion sur une éventuelle visite de carrières sous Paris à venir.

Le retour fut bref et efficace. Nous avons pris la mesure de la cavité, et il n'était nul besoin d'un décamètre. Après de longues minutes, nous regagnons l'emplacement où nous avons laissé notre précieux matériel. Anël est pressenti pour le déséquipement. Stéphane commence à remonter le premier. Sans pantin, doutant de mon efficacité, je pars le second.

La remontée fut rapide mais nous profitons du panorama qui s'ouvre à nous. La circonférence du puits est régulière, il s'agit là d'une véritable merveille de la nature. Arrivé dehors, il est déjà 16h30. Stéphane et moi profitons pour vieuconiser un peu. La vieuconisation consiste à parler du bon vieux temps...c'est un processus naturel, lié au vieillissement du cerveau qui commence à être visible au délà de 40 ans.

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De beaux volumes

Emilie arrive, elle semble bien chargée. C'est elle qui porte la corde de 100m ! Quelle belle brochette de goujats qui laissent les femmes porter le plus gros du matériel...ou peut être qu'on est en train d'opérer un premier pas vers le féminisme ? Question de points de vue à discuter.

Nous arrivons à la sempiternelle étape du déséquipement, rangement et petit repas post-spéléologique traditionnel où fusent les blagues les plus grot(t)esques qui soient. Tout ce qui est mangé durant cette période est inexorablement embellie par l'effort et les émotions passées. Après avoir partagé ce moment frugal, chacun reprend son carrose en direction de ses pénates.

Merci à tous pour ces moments de partages agréables.

Nicolas